
La Fédération et la Ligue ont lancé un plan de haute performance pour accompagner les arbitres français en Top 14, puis en Europe et sur la scène internationale.
La FFR et la LNR ont lancé cette saison un plan de haute performance (PHP) afin d’améliorer la qualité de l’arbitrage français. Un plan qui est financé par les deux instances dirigeantes du rugby en France, à hauteur de 2 millions d’euros pour les trois prochaines années. Romain Poite et Mathieu Raynal, deux anciens hommes au sifflet reconnus sur la scène internationale, désormais membres de cellule technique de l’arbitrage professionnel de la FFR, pilotent ce projet qui entend – grâce notamment à l’aide d’un logiciel qui dissèque chaque décision lors d’un match – remettre la France sur le devant de la scène international. Il s’agissait d’une des priorités du programme de Florian Grill, réélu président de la FFR pour un deuxième mandat. «On a pris les deux meilleurs, Romain Poite et Mathieu Raynal , pour tirer vers le haut l’arbitrage français, masculin et féminin. On a un gros potentiel de développement», nous avait confié le président de la FFR.
Globalement, quel est l’état de l’arbitrage dans le monde du rugby en France ?
Matthieu Raynal : Le bilan qu’on fait depuis le début de la saison est assez satisfaisant. Il y a bien évidemment des secteurs sur lesquels on doit travailler. Mais on est assez content de la structure mise en place, à savoir qu’on a identifié un groupe d’espoirs de 18 arbitres au niveau national, plus un groupe supplémentaire de 9 arbitres avec des profils très intéressants pour le haut niveau et qu’on suit, pour pouvoir nourrir le secteur professionnel. Donc on est assez confiant par rapport à l’avenir, on a des profils qui vont émerger. On travaille pour pousser nos arbitres à l’exigence. Déjà la première chose qu’on a faite quand on est arrivé, c’est mettre beaucoup de ressources autour de nos mecs, d’être ensuite très exigeants envers eux, d’analyser leur performance, de leur dire ce qu’on allait faire et de faire ce qu’on dit. C’est essentiel.
On remet la performance au centre de nos discussions et il n’y a que ça qui compte pour nous. Dans cette optique-là, on sent très bien que nos arbitres sont poussés à travailler beaucoup plus, à donner beaucoup plus. Le bilan que l’on fait, ce sont les mecs travaillent plus et partagent plus. Et quand on travaille plus, nécessairement, on augmente la qualité des performances.
Il y a des erreurs qui se comprennent, d’autres qui ne se comprennent pas, mais on va essayer de limiter tout ça
Romain Poite
Vous citez le nombre de 3.000 arbitres de rugby en France. Est-ce qu’il y a une crise des vocations ?
Mathieu Raynal : On attire toujours plus de personnes. Il y a la façon dont l’arbitrage est perçu auprès du public, via notamment le prisme des journalistes. Certains titres ou articles peuvent vacciner une génération de jeunes contre l’arbitrage. Mais il y a des choses super à vivre dans l’arbitrage. La manière dont parfois l’arbitrage est traité dans la presse est assez négative et elle n’invite pas les jeunes arbitres à épouser cette fonction. C’est différent chez les Anglo-Saxons. Il a une place complètement différente. L’arbitre est beaucoup plus valorisé.
Nous aussi, on doit faire un effort sur l’image que l’on renvoie, sur la communication auprès du grand public, le faire avec beaucoup de transparence et d’honnêteté. Si on arrive à faire ce chemin-là, on ne doute pas que les médias, les joueurs, les staffs auront un regard différent sur l’arbitrage et ça aidera bien évidemment à la promotion de l’arbitrage et à susciter des vocations chez les jeunes.
On a longtemps dit, dans les écoles de rugby, que les erreurs d’arbitrage faisaient partie du jeu et qu’il fallait les accepter. N’est-ce pas utopique de vouloir tendre vers le zéro faute pour les arbitres ?
Romain Poite : Ce n’est pas utopique, on a juste développé un moteur, une base de données que l’on impose à nos équipes, mais c’est vrai que la perfection n’existe pas. Mais on doit se donner les moyens de l’atteindre, justement, eu égard aux investisseurs, aux attentes des techniciens, du public. On a ce devoir-là, c’est juste un moteur de développement, et on sait que l’erreur reste humaine, que l’homme au milieu du terrain est un humain. Malheureusement, il y a des erreurs qui se comprennent, d’autres qui ne se comprennent pas, mais on va essayer de limiter tout ça.
On le voit à travers des affaires où les arbitres sont violemment pris à partie, ou à travers les affaires de cyberharcèlement. Est-ce que vous avez senti que le rapport aux arbitres s’est dégradé ces dernières années ?
Mathieu Raynal : C’est à l’image de la société. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont devenus une caisse de résonance telle que tout peut prendre d’énormes proportions. Ce qu’on a mis en place, c’est une cellule médicale, où la santé mentale de nos arbitres est absolument essentielle. Nos arbitres peuvent se référer à cette cellule médicale s’il y a le moindre souci. La deuxième chose qu’on souhaite mettre en place – et cela a été mis en place à l’EPCR (qui organise les Coupes d’Europe, NDLR) et lors de la Coupe du monde – c’est une société aujourd’hui qui peut prendre le contrôle sur les réseaux sociaux de l’arbitre et trier les messages qu’il peut recevoir pour poursuivre éventuellement les gens en justice quand il y a des menaces.
On a le championnat le plus dur au monde à arbitrer. Quand nos arbitres passent dans ce championnat-là, le niveau international apparaît plus simple pour eux à arbitrer
Mathieu Raynal
Lors de la Coupe du monde 2019, il y avait quatre arbitres de champ français, puis seulement vous en 2023. Florian Grill l’a annoncé comme une priorité : faire que la France redevienne une grande nation au niveau de l’arbitrage…
Mathieu Raynal : Déjà, on n’aura plus jamais 4 arbitres centraux sur 12 dans une Coupe du monde comme en 2019 (lui, Jérôme Garcès, Romain Poite et Pascal Gauzere, NDLR), pour la bonne et simple raison que la politique de World Rugby est en train de changer et qu’ils souhaitent avoir plus de représentativité au niveau mondial. Ça, c’est le premier point. Le second point sur l’arbitrage français, c’est qu’on a le championnat le plus dur au monde à arbitrer. Quand nos arbitres passent dans ce championnat-là, le niveau international apparaît plus simple pour eux à arbitrer. Le jeu va plus vite mais il est plus clair, donc il apparaît plus simple à arbitrer. Fabriquer un arbitre de très haut niveau, ça prend beaucoup de temps. On a quand même Pierre Bousset et Luc Ramos qui sont à World Rugby, donc on a deux arbitres français. On a deux arbitres vidéo, Tual Trainini et Éric Gauzins qui sont à World Rugby. Et on a trois arbitres qui sont sous les radars de World Rugby, Jérémy Rozier, Evan Urruzmendi et Kévin Bralley. Ils sont considérés comme des espoirs à fort potentiel.
Donc on est très agréablement surpris que ça arrive aussi vite. On est en bonne position à l’heure actuelle au niveau international. On verra à l’avenir, il faut qu’on produise des arbitres de classe mondiale mais il faut qu’on le fasse de manière consistante. On ne peut plus se permettre de faire quatre mecs sur une Coupe du monde et de ne pas travailler ensuite derrière, de perdre notre leadership au niveau mondial. Il faut qu’on soit consistants dans notre travail. Le travail amène des résultats. C’est ce qu’on souhaite à l’avenir.
Le plan de haute performance a aussi été mis en place pour éviter que les clubs aspirent nos meilleures compétences.
Mathieu Raynal
La complexité de votre rôle vient aussi du fait que les règles changent en permanence…
Romain Poite : Fondamentalement, ce n’est pas un changement des règles, mais ces dix dernières années, ce sont plus des directives qui ont été données. Le règlement est très complet, et à un moment donné, le législateur nous replonge dans une partie de la règle qui a été laissée-pour-compte, et qui favorise une forme de jeu ou une équipe. Donc c’est là qu’on remet l’accent sur la directive. Mais fondamentalement, le rugby a évolué ces dix dernières années que de façon très légère. C’est le cas actuellement pour les «escortes» (joueurs placés devant le receveur d’un ballon haut et qui le protègent, NDLR), c’est une directive, ce n’est pas un changement de règles. Après, évidemment, les 30 secondes pour jouer une mêlée, ça existait aussi, il y avait une notion d’immédiateté. Par contre, la protection du numéro 9, oui, ça a été carrément un changement de règles.
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Plusieurs arbitres ont récemment intégré les staffs d’équipes professionnelles. Avez-vous constaté après ça, que ces équipes faisaient moins de fautes, qu’il y avait une amélioration au niveau de l’arbitrage ? Par ailleurs, est-ce que cela ne vous prive pas de bons éléments ?
Mathieu Raynal : Le plan de haute performance (PHP) a été mis en place justement aussi pour éviter que les clubs aspirent nos meilleures compétences. C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle, un club professionnel peut solliciter une intervention d’un de nos arbitres. On envoie des arbitres qui vont passer la journée avec les clubs – de Top 14 ou de Pro D2 – pour participer à des entraînements, mais il s’agit bien là d’arbitres qui sont encore en activité. Après, libre à un club de prendre dans son staff un arbitre qui n’est plus en activité, sachant qu’un arbitre qui est encore en activité ne peut pas intervenir avec un club professionnel en dehors du PHP.
C’est la solution que l’on a trouvée pour conserver nos meilleures compétences et pour répondre à une demande des clubs. Ça fonctionne très bien. Mais on ne peut pas empêcher un club de s’attacher aux services d’un ancien arbitre. Le Stade Français travaille avec Jérôme Garcès, est-ce qu’ils ont pour autant une meilleure discipline que les autres ? Je n’en sais rien. On n’a pas les résultats sur ça. On n’a pas de résultats et ce n’est pas quelque chose qu’on analyse. Castres travaille aussi avec un ancien arbitre (Cédric Clavé). Est-ce qu’ils ont de meilleurs résultats en matière de discipline que les autres ? Je n’en sais rien, je n’analyse pas ces données-là.
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