
Ancien arbitre professionnel devenu manager de Soyaux-Angoulême, Alexandre Ruiz évoque ici les raisons pour lesquelles le rugby français vit une embellie offensive.
Partagez-vous le constat de ces premières semaines, confirmant la tendance lourde de la saison dernière, d’un Top 14 et d’un Pro D2 plus prolixes en termes de points ?
C’est évident, les scores parlent d’eux-mêmes. Le premier constat que j’avais fait en Pro D2, c’est que de nombreux clubs, dont le nôtre, sont désormais équipés de pelouses synthétiques ou hybrides, de bien meilleure qualité et favorisant le jeu. Il y a encore quelques années, un entraîneur se devait dans sa stratégie, dans son plan de jeu, de prendre en considération la pelouse et la météo. On choisissait aussi de ne pas trop porter le ballon dans son propre camp pour ne pas s’épuiser. C’est un facteur, à mes yeux, d’amélioration du jeu.
Mais encore ?
Le deuxième facteur non négligeable, c’est le travail réalisé par Romain Poite et Mathieu Raynal (responsables de la cellule technique FFR dédiée à l’arbitrage professionnel, NDLR) autour de cet équilibre entre attaque et défense. Pour la deuxième année consécutive, ils ont mis en place ce rendez-vous de début de saison à Loudenvielle où les managers des clubs professionnels rencontrent les arbitres. C’est une preuve d’évolution de l’arbitrage qui va dans le sens du jeu. Pour moi, c’est hyper positif. C’est un critère de performance, d’amélioration de travail pour tout le monde. Et ça engage à s’unir autour d’une ligne directrice qui est claire. Tout le monde est informé des attendus. Personne ne peut dire : « Je ne savais pas. » D’ailleurs, cette année, 29 managers sur 30 étaient présents. C’est un signe. Et puis, dans le projet de Mathieu et Romain, il y a le fait d’avoir à disposition des arbitres qui viennent intervenir de manière fréquente. Nous à Soyaux-Angoulême, on le fait, on l’utilise, même si on a Laurent Cardona (ancien arbitre également) dans le staff. Même, en tant qu’ancien arbitre, nous ne sommes pas forcément aussi à la page des attendus que ceux qui officient chaque week-end.
Mais en quoi cela favorise-t-il l’attaque et les scores fleuves ?
Je ne peux pas m’exprimer à la place de Mathieu Raynal et Romain Poite, ce serait malvenu. Mais on sent bien qu’ils ont une envie concrète, tant en Top 14 qu’en Pro D2, de rendre notre rugby attractif. Et donc, d’appliquer clairement les règles et les directives qui sont données. Je ne peux pas dire que je suis tout le temps d’accord. Il y a des sujets, je le sais, sur lesquels je n’aurais pas fait ça ou ça. Mais en fait, à la fin, le but, ce n’est pas de savoir si j’aurais fait ça ou pas. Le but, c’est d’avoir une ligne claire, que les attendus de la direction de l’arbitrage soient connus de tous et de travailler dans la même direction. Et mon but, moi aussi, en tant que manager, c’est de me calibrer sur les attendus. Je ne perds pas de temps et d’énergie à combattre quelque chose que je perdrais d’avance. Et ce n’est pas le but.
Si vous deviez faire un top 3 des règles apparues ces dernières années qui ont permis justement, de favoriser le jeu d’attaque et l’augmentation du nombre de points inscrits, quel serait-il ?
D’abord, l’impossibilité de choisir une mêlée après un bras cassé. Ça oblige les équipes à lancer le jeu. Une mêlée, c’est presque deux minutes de temps de jeu effectif en moins. Avec cette règle qui va dans le sens du jeu, c’est moins de perte de temps. Ensuite, il y a la « goal line, drop out ». Cette règle, que je n’apprécie pas beaucoup, met en difficulté certaines équipes dont la mienne (rires). Mais je dois avouer que ça offre un deuxième ballon de contre-attaque. Un ballon qui permet de très vite se rapprocher de la zone de marque. Pour l’équipe en défense, c’est quand même bien plus difficile de taper un drop-goal depuis son en-but que depuis ses 22 mètres. Et du coup, de nombreux essais sont marqués depuis l’application de cette règle. Et puis, le fait d’avoir raccourci le temps imparti aux botteurs pour tenter une transformation ou une pénalité accélère le jeu.
Cette tendance n’est-elle pas aussi le fruit d’une forme de pression de la part des présidents de club soucieux d’attirer plus de spectateurs dans les stades mais aussi plus de partenaires ?
De mon côté, je ne subis aucune pression dans ce cadre-là de la part de mon président. Mais il y a évidemment cette volonté de séduire le plus grand nombre de venir au stade. Et ça, il ne faut pas le négliger. Le regard et les attendus du public, dont l’objectif est de se divertir, sont à prendre en considération. Aujourd’hui, nous avons une moyenne de 6 500 spectateurs à Chanzy sur un stade dont la capacité est de 8 000 places. Quand je suis arrivé ici à Angoulême, il y avait 600 abonnés, nous en avons 2 000 aujourd’hui. Pour les partenaires, on est passé de 280 à 360. S’ils viennent, s’ils s’investissent, c’est qu’ils ont envie de prendre du plaisir. En tant que manager, je ne le considère pas dans le projet de jeu. Mais je ne peux pas l’occulter. C’est un paramètre adjacent, même si le plus important est de gagner, et même si c’est 3-0. Sauf que si tu veux gagner le match et en plus faire se lever le stade et donner envie aux gens de revenir, c’est mieux de gagner 45-28. Le plaisir sera plus fort pour tout le monde et le manager aura moins mal à la tête et au ventre.
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