Rugby : Arbitrage français au Six Nations, un recul qui interroge

Avec seulement deux arbitres centraux retenus pour le Tournoi des Six Nations, la France voit son influence reculer. Stéphan Pomarède, ancien arbitre du Top 14, décrypte les raisons d’un déclassement et les défis d’un arbitrage mondial en pleine mutation.

La liste des arbitres désignés pour le prochain Tournoi des Six Nations a fait réagir. Avec seulement deux représentants français au centre — Pierre Brousset pour Angleterre–Pays de Galles et Luc Ramos pour Italie–Angleterre — la présence tricolore reste limitée. « On ferait presque la fine bouche, parce que deux arbitres, c’est déjà mieux que l’an dernier», tempère d’abord Stéphan Pomarède, ancien arbitre du Top 14. « Mais ce qu’il faut regarder, ce sont les rencontres qu’ils ont à arbitrer. » Pour lui, le constat est clair : la France n’occupe plus les premières places du classement officieux des arbitres internationaux. « Je suis un peu déçu pour Pierre Brousset. Sa désignation est équilibrée, mais pas majeure. À l’inverse, Luc Ramos, qui n’avait jamais arbitré le Tournoi, récupère une belle affiche. » Une progression individuelle qui ne masque pas les difficultés structurelles.

Car pendant que les arbitres français stagnent, d’autres nations avancent. « On voit des grosses désignations attribuées à un Italien ou à un Géorgien comme Nika Amashukeli, aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs au monde», rappelle Stephan Pomarède. Le paysage international s’est ouvert, diversifié, et la France n’est plus en position dominante. « On n’a plus l’hégémonie d’il y a quelques années, quand quatre arbitres français trustaient les meilleures affiches. » Arnaud Carré, spécialiste rugby d’ICI Gironde, pointe lui aussi un déficit d’influence : « Le rugby européen reste très contrôlé par les Britanniques. On a du mal à se faire entendre dans les instances. Pourtant, je ne vois pas pourquoi nos arbitres seraient inférieurs à leurs homologues écossais ou anglais. » La hiérarchie internationale reste opaque. « Le top 10 mondial n’est jamais publié. Les arbitres savent s’ils en font partie… ou pas. Et quand je vois Brousset sur Angleterre–Pays de Galles, je pense qu’il n’y est pas. » explique Stephan Pomarede

Pour Stephan Pomarède, une partie du retard est linguistique. « Des arbitres comme Luke Pearce sont capables de parler anglais aux Anglais et français aux clubs français. Nous, on est encore en difficulté sur l’anglais. Il faut intégrer très tôt cette exigence, sur le terrain comme en dehors. » Une compétence devenue indispensable dans un rugby mondialisé. Le Tournoi 2026 marquera aussi une avancée symbolique : l’Écossaise Hollie Davidson deviendra la première femme à arbitrer un match masculin du Six Nations. «Ça bouge, et c’est une excellente nouvelle», souligne Arnaud Carré.