
Un coup d’envoi volontairement mal tapé, un lift en plein jeu courant… Les Springboks ont étonné par leur imagination et leurs innovations lors de leur dernier match face aux Italiens, samedi dernier. En exclusivité, Mathieu Raynal, responsable des arbitres de Top 14 et de Pro D2 et ancien arbitre international, revient avec nous sur ces nouveautés.
Les champions du monde sud-africains sont des grands habitués des innovations dans la limite de la règle. Ce week-end encore, ils ont fait réagir la planète rugby avec deux actions inattendues. Nous sommes donc allés demander au responsable des arbitres de Top 14 et de Pro D2, Mathieu Raynal, ce qu’il en pensait.
Un coup d’envoi litigieux
Dans un premier temps, les Springboks ont décidé de débuter le match par une mêlée. À première vue, rien de nouveau, un grand coup de pied directement en touche et c’est parti. Sauf que lorsqu’on regarde bien la règle, un coup d’envoi tapé directement en touche ne vous assure pas la mêlée (voir ci-contre), et ça les Boks le savaient très bien. Alors, pour s’assurer un combat d’entrée, les Sud-Africains ont innové : Esterhuizen est parti volontairement avant le coup d’envoi de Libbok. Pour Mathieu Raynal, ils n’auraient jamais dû obtenir une mêlée sur cette action :
« Sur le coup d’envoi, les Sud-Africains sont volontairement partis 5 mètres devant la ligne, en sachant que cela entraînerait une mêlée en faveur de l’adversaire. Mais c’est précisément ce qu’ils recherchaient. Ils sont très forts en mêlée, c’est un de leurs secteurs-clés, et ils préfèrent clairement cette configuration plutôt que de rendre le ballon à l’adversaire sur un coup d’envoi classique.
S’ils avaient simplement tapé en touche, les Italiens auraient eu plusieurs options : demander une mêlée au centre du terrain, jouer une touche rapide, faire rejouer le coup d’envoi, ou prendre une touche à hauteur des 50 mètres. Autrement dit, les Sud-Africains n’étaient pas assurés d’obtenir une mêlée. Avec cette action calculée, ils maximisent leurs chances d’imposer leur point fort.
Et la règle est claire sur ce point : lorsqu’un joueur part devant sur un coup d’envoi, la sanction est une mêlée. Mais c’est là que cela devient litigieux, car la règle 9.7 du règlement World Rugby interdit expressément d’enfreindre délibérément une règle du jeu. Et là, en l’occurrence, c’est bien ce qu’ils ont fait. Ils ont sciemment transgressé la règle pour en tirer un avantage. À mes yeux, cela aurait donc dû être sanctionné non pas par une mêlée, mais par une pénalité contre eux. »
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Mathieu Raynal, ancien arbitre international et actuel responsable de l’arbitrage en Top 14 et Pro D2, s’est projeté dans la situation vécue par Andrew Brace. Il indique également avoir échangé avec Tual Trainini, l’arbitre vidéo de ce Afrique du Sud – Italie :
« C’est une situation qui surprend forcément un arbitre quand il n’y est pas préparé, surtout si c’est une action qu’il n’a jamais vue auparavant. Trouver la bonne réponse sur le moment n’est pas évident. C’est justement dans ce genre de cas qu’on mesure l’importance d’avoir une équipe arbitrale solide, composée de quatre officiels : un arbitre vidéo qui peut intervenir, mais aussi deux juges de touche, en l’occurrence deux arbitres internationaux.
J’ai d’ailleurs échangé avec Tual Trainini, qui était arbitre vidéo sur ce match. Il m’a confié que Matthew Carley, l’un des juges de touche, lui disait dans l’oreillette qu’il était favorable à une pénalité sur cette action.
Maintenant, c’est à World Rugby de trancher. Ce n’est pas mon rôle, c’est celui de Joël Jutge et de son équipe. Je donne ici un avis personnel, mais on attend une prise de position officielle de World Rugby sur ce genre de cas.
À mon sens, au regard de la règle, en particulier la règle 9.7 qui interdit de transgresser délibérément une règle, cette action doit être sanctionnée par une pénalité. J’imagine donc qu’il y aura une réponse ou un éclaircissement de World Rugby à ce sujet. En tout cas, c’est une situation qu’on reverra peut-être à l’avenir, mais sans doute pas sous cette forme-là »
Un bloc saut dans le jeu courant
Autre action sortie du chapeau des Springboks, un lift (deux joueurs qui soulèvent un coéquipier pour aller chercher le ballon en l’air) en plein jeu courant, permettant à l’équipe sud-africaine de construire un maul, secteur dans lequel ils dominent leurs adversaires. C’est cette action qui a le plus fait réagir. Mais pour Mathieu Raynal, cette pratique est tout à fait autorisée, facilement contournable et elle est même récurrente en URC (United Rugby Championship, championnat réunissant des sélections de provinces galloises, irlandaises, italiennes, écossaises et sud-africaines) :
« Créer un bloc saut au centre du terrain, en phase de jeu courant, pour ensuite organiser un maul : les équipes sud-africaines utilisent déjà ce type de séquence en URC. Donc ce n’était pas une surprise pour Andrew Brace. Cette action est parfaitement légale, mais elle n’est rendue possible que parce que les Italiens sont venus au contact.
- Si les Italiens n’étaient pas venus au contact, cela n’aurait plus eu aucun intérêt pour les Sud-Africains de procéder ainsi. Car s’ils avancent en étant groupés, cela devient un « coin volant » (structure interdite dans le jeu courant, composée du porteur du ballon et d’au moins deux partenaires liés entre eux, qui progressent avant d’entrer en contact avec un ou plusieurs adversaires), et donc c’est pénalité.
- Si les Italiens ne viennent pas au contact, ils ont aussi le droit de faire le tour pour accéder au porteur de balle.
- Si les Italiens décident d’envoyer un seul joueur au contact, et que ce joueur se trouve devant le porteur de balle, ce sera forcément une obstruction. Dans ce cas, ce sera soit une pénalité, soit un hors-jeu involontaire, donc une mêlée.
C’est donc une action à effet de surprise. Cela fonctionne une fois, mais maintenant, il est certain que les équipes adverses y apporteront une réponse. Elles disposeront de différentes options pour contrer ce type de mouvement, ce qui, au final, rendra cette stratégie moins efficace avec le temps. »
C’est donc, là aussi, une zone d’ombre très bien exploitée par les Sud-Africains qui sont coutumiers du fait et qui ont une personne très importante dans leur staff qui rend tout cela possible : l’ancien arbitre international Jaco Peyper. Mathieu Raynal, souvent en contact avec lui, nous donne son point de vue sur la façon de faire des champions du monde en titre :
« C’est vrai qu’il n’y a rien qui interdit ça dans la règle. Mais, dites-vous que si les Sud-Africains font quelque chose, c’est que cela a été scrupuleusement étudié avant parce qu’ils ont Jaco Peyper dans leur staff. J’échange souvent avec Jaco et c’est quelqu’un de très pointu sur la règle.
Vous savez, pendant la Coupe du Monde, ils avaient été les premiers, sur un marque, à choisir la mêlée dans leur propre 22 mètres. Pour eux, la mêlée comme les mauls sont des points forts depuis un moment, ils sont très dominants là-dessus. Ils veulent exploiter ces points forts et ils sont toujours à la recherche d’innover un peu dans le jeu, ce qui est toujours intéressant. C’est ça la complexité de notre sport, mais en même temps, sa richesse et ce qui fait sa force aussi. »
Loin d’être les premiers à innover
Bien qu’ils soient reconnus pour leur ingéniosité, les Sud-Africains ne sont pas les seuls à innover en tentant de contourner la règle pour déstabiliser l’adversaire. Un match sort du lot lorsqu’on pense aux innovations en plein match : Angleterre – Italie, Tournoi des 6 Nations 2017. Lors de cette rencontre, les Italiens avaient surpris les Anglais en ne créant pas de phases de ruck afin de pouvoir défendre dans le camp anglais sans être en position de hors-jeu. Et c’est justement un duo français qui était aux commandes ce jour-là puisque Romain Poite officiait en tant qu’arbitre principal, et Mathieu Raynal l’assistait à la touche. Le responsable des arbitres français explique qu’à l’époque, les Italiens avaient prévenu le corps arbitral avant le match :
« Je me souviens de la première fois où des équipes ont choisi de ne pas créer de rucks après un plaquage, c’est-à-dire de ne pas aller au contact du soutien offensif, mais plutôt de faire le tour pour se placer entre le numéro 9 et le 10, afin d’éviter la création d’une ligne de hors-jeu. C’était lors du match Angleterre-Italie en 2017 et les Italiens nous avaient prévenus qu’ils allaient défendre de cette façon, ce qui avait beaucoup perturbé les Anglais durant la première mi-temps.
Au niveau international, comme en Top 14, il y a des échanges réguliers entre les arbitres et les staffs des équipes. En Top 14, avant chaque match, généralement le mardi ou le mercredi, une réunion de préparation est organisée entre l’équipe arbitrale et le staff de chaque équipe. Ils discutent ensemble de certains points clés. Après le match, une réunion de débriefing permet de revenir sur les situations rencontrées. Au niveau international, c’est le même principe. Cela permet d’être en contact permanent avec les staffs, que ce soit en Top 14 ou au niveau international, avec des échanges avant et après les rencontres.
Cependant, il n’appartient pas à l’arbitre de fournir des solutions tactiques aux joueurs. Son rôle est simplement de se préparer à arbitrer les situations en fonction des règles. »
Au final, ce genre d’innovations montre bien à quel point le rugby reste un jeu d’intelligence, de ruse et d’adaptation. Certaines équipes poussent les limites et les arbitres doivent rester vigilants. Un constat que livre Mathieu Raynal, qui observe avec attention ces évolutions, tout en rappelant que l’arbitrage, s’il ne peut tout anticiper, doit toujours être prêt à répondre. Ces innovations seront d’ailleurs sûrement abordées lors des stages de préparation de l’intersaison, auxquels participeront les arbitres de Top 14 et de Pro D2, en vue de la saison 2025-2026, sous la supervision de Mathieu Raynal.
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