Figure du championnat de Pro D2, dont il détient le record de matchs arbitrés, Flavien Hourquet va – à 41 ans – diriger ce jeudi soir à Montauban (contre Béziers) la 180e et dernière rencontre de sa carrière dans cette division. Ses souvenirs marquants, ses frustrations, son seul match au centre en Top 14, son avenir à la touche, Andrew Mehrtens ou Sébastien Chabal, une sirène qui déraille… L’intéressé se livre avec sincérité avant ce rendez-vous forcément singulier.
Dans quel état d’esprit vous sentez-vous à la veille de votre dernier match comme arbitre central, un moment forcément très particulier ?
Cela l’est, effectivement. On va dire que je suis partagé entre différentes émotions. Déjà, la fierté de ce qu’il s’est passé, le désir de réussite et de finir par la meilleure performance possible. D’un autre côté, je compte les heures… Je vais tourner une page de quatorze ans. Et, quand on est autant passionné que je peux l’être, c’est un peu perturbant. Ce sont les montagnes russes entre la joie et la déception.
Peut-on anticiper de longue date ce fameux dernier match ?
Oui et non. En fait, on sait très bien qu’à partir d’un moment, ça va arriver. J’ai 41 ans, 42 à la fin de l’année, et cela fait quatorze ans que je suis dans cette division, donc j’étais conscient, au fur et à mesure, que je me rapprochais du haut de la pyramide. C’est-à-dire que je comptais les matchs et les années. Après, on espère toujours pouvoir faire une année de plus en se montrant performant, en restant prêt physiquement et mentalement. Voilà, c’est tombé sur cette année…
Vouliez-vous continuer ?
J’étais encore motivé et prêt à faire une ou deux saisons supplémentaires. Mais comme m’a dit un de mes dirigeants : « Si on t’écoutait, tu ne t’arrêterais jamais. » Il fallait bien que ça s’arrête à un moment. Je suis un peu déçu que ce soit maintenant parce que tous les ingrédients sont encore présents chez moi : l’envie d’être performant, de s’entraîner, de travailler, etc. Mais il faut savoir laisser la place aux autres et aux jeunes. J’ai eu mes opportunités. J’ai pu bien en profiter pendant quatorze ans.
Vous allez être accompagné de personnes proches ce jeudi soir, à Montauban…
En fait, on m’a demandé il y a quelques mois où, avec qui et comment j’aimerais finir. Pour cela, je remercie la cellule de haute performance d’avoir validé mon choix. Je voulais un endroit proche de la maison pour que ma famille et mes amis puissent venir et j’avais aussi demandé à ce que l’équipe qui m’accompagne soit composée de copains, de gens avec qui je baigne dans le rugby depuis vingt ou vingt-cinq ans, avec qui je n’ai pas seulement une relation sur le terrain. Tout a été accepté. Vincent Blasco-Baqué et Jonathan Gasnier seront juges de touche, Thomas Charabas sera à la vidéo, puis Maxime Rouquié et Kevin Bralley seront présents en tant que numéros 4 et 5. Tous les ingrédients sont réunis. Maintenant, il va falloir être performant sur le terrain.
Quel regard portez-vous sur votre parcours ? A-t-il été fidèle à vos espoirs ?
Cela a évolué au fur et à mesure des années. J’ai commencé très tôt, à 18-20 ans. Cela me plaisait mais, durant les premières années, je continuais à jouer. La première année, je n’ai même pas été validé en tant qu’arbitre actif parce que je n’avais fait que quatre ou cinq matchs dans la saison. Après, j’ai passé les examens. Puis, on vient vous voir, analyser vos performances. Tout se passait plutôt bien et on me disait que j’avais certaines qualités et défauts à développer, des choses intéressantes à étudier. Mais je ne pensais pas atteindre ce niveau-là.
Quand cela a-t-il basculé ?
En 2005, quand j’ai eu le « fédéral » grâce au concours du jeune arbitre en terminant deuxième national, j’ai réfléchi et on m’a dit : « Maintenant, si tu veux gravir les échelons, il faut arbitrer les seniors, c’est-à-dire le dimanche. » Donc, au début, je continuais à jouer un peu mais il a fallu faire un choix. Je n’avais pas les capacités, en tant que joueur, pour atteindre le haut niveau, et j’ai essayé de me donner les moyens en tant qu’arbitre. Cela m’a plutôt souri puisque je suis arrivé en Pro D2. On peut en être fier mais, d’un autre côté, on se dit aussi qu’il y avait une marche de plus à franchir et que je n’ai pas été capable de le faire. Quand on arrive en haut, on est toujours gourmand.

Cela reste-t-il une frustration de n’avoir été arbitre central de Top 14 ?
Oui, bien sûr. Parce que, même si j’ai accès à la touche en Top 14 depuis des années et pareil en Coupe d’Europe grâce aux choix de certains copains, rien ne vaut la sensation d’être au centre. J’aurais bien aimé pouvoir passer l’étape supérieure et atteindre le Top 14. Ça ne s’est pas fait pour diverses raisons. Peut-être que le « step » était trop haut pour moi, que je n’avais pas les capacités ou les qualités requises. Je suis resté entre les deux, ce qui est déjà très bien. Je ne veux pas non plus cracher dans la soupe. Je sais que beaucoup de collègues arbitres aimeraient bien être à ma place. Je suis un privilégié, mais, quand on en est là, on veut la cerise en plus du gâteau.
Bernard Quintilla, grand spécialiste des arbitres et qui tient ses comptes à jour, nous a tout de même fait remarquer que vous avez dirigé un match de Top 14, lors de la saison 2017-2018, à Pau. Pouvez-vous nous raconter ?
Oui, j’ai pu en faire un. J’aurais préféré que ce soit sur une désignation officielle. Malheureusement, ce fut sur blessure d’un collègue, Jonathan Dufort… C’était encore lorsque les matchs du samedi étaient programmés à 18h30. J’étais prévu pour faire la touche et Jonathan s’est blessé sur la dernière action de son échauffement. Il s’est tordu la cheville et, en rentrant, m’a demandé de lui trouver un soigneur. Il a essayé de se strapper, d’aller trottiner un peu dans le couloir, puis m’a dit : « Non, je ne peux pas. » A cinq minutes du coup d’envoi, on a prévenu les capitaines qu’il allait être un peu décalé. J’ai pu envoyer un petit message à mon père, à ma femme, à mon ami Vincent Blasco-Baqué pour leur dire : « Si vous ne savez pas quoi faire, mettez-vous devant la télé parce que je vais en faire un. » Mais je n’ai pas eu le temps de réfléchir et j’ai fait 80 minutes en Top 14.
Cela doit rester un beau souvenir…
Excellent. Au moins, je n’ai pas gambergé. C’était un Pau-Brive, un match pas facile puisque Pau était dans le ventre mou et Brive jouait sa survie. Je ne connaissais pas l’approche de la vidéo mais il a fallu le faire. Et ça ne s’est pas trop mal passé.
L’autre statistique marquante, c’est que vous arbitrerez votre 180e match de Pro D2 ce jeudi soir, ce qui constitue le record de la division. Qu’est-ce que ça représente à vos yeux ?
Je ne vais pas le cacher, c’est quand même une fierté. C’est un chiffre que je ne pensais jamais atteindre. Mon collègue arbitre, Stéphane Boyer, m’avait dit qu’il en était à 177. Quand M. Quintilla m’a appris, en 2023, que j’avais atteint la barre des 150, on s’est un peu « challengé » avec Stéphane. Je lui disais : « Je vais te battre. » Lui m’a dit que les records étaient faits pour être battus. C’est un joli clin d’œil pour lui aussi. Et si quelqu’un d’autre doit le battre, c’est qu’il aura fait tout ce qu’il fallait pour être performant à ce niveau-là. Je ne serai peut-être pas détenteur du record pendant longtemps, mais je l’aurai au moins quelques mois (sourire).
Mesurez-vous que vous êtes un personnage du championnat de Pro D2 ?
Pas forcément, parce que je n’estime pas avoir cette importance. Ce sont les joueurs qui décident du jeu et du match. On n’est là que pour les accompagner, donc je n’ai pas l’impression d’avoir eu un effet marquant. Quand vous voyez des arbitres français comme Romain Poite ou Jérôme Garcès qui ont participé à des Coupes du monde, dirigé des finales, comme Mathieu Raynal aussi récemment, ou mon copain Pierre Brosset maintenant qui, je l’espère, y parviendra comme eux… Là, ce sont des personnages marquants. Moi, j’étais à côté et je suis une part infime de l’arbitrage. On n’est que des passages.
Y a-t-il des matchs que vous avez dirigés et qui vous ont particulièrement marqué ?
Oui, je me souviens, au printemps 2013, d’un Pau-Rochelle… Je crois que ça avait fini à 40-25. C’étaient les premières chaleurs, il y avait du jeu de partout, et il me semble déjà sept essais à la mi-temps. Il y avait aussi un monde de fou au Hameau, et je me rappelle des frictions entre ces deux équipes à cette époque-là. Je me souviens aussi, en 2018, un Perpignan-Béziers lors duquel Perpignan a mené tout le match. Et Béziers est allé gagner à Perpignan avec un essai transformé en coin dans les arrêts de jeu. Aussi le Vannes-Oyonnax pour ma 150e. J’ai eu la chance de voyager dans plein de stades, dont certains atypiques, dans des clubs qui ont du mal à exister encore dans le milieu professionnel. J’ai arbitré à Auch, à Bourgoin, à Tarbes, à Périgueux et même à Saint-Etienne en Pro D2. Ce sont des souvenirs magnifiques. Je ne parle même pas des voyages que j’ai pu faire en Europe et même en Afrique du Sud grâce à l’arbitrage. En tant que joueur ou entraîneur, je n’aurais jamais pu aller dans tous ces stades-là.

Des joueurs vous ont-ils également marqué ?
On est quand même des amoureux du rugby. Quand vous regardez l’équipe de France ou les matchs internationaux et que vous arbitrez ensuite ces joueurs qui sont en fin de carrière en Pro D2, c’est spécial. J’ai croisé des Lionel Nallet, Sébastien Chabal, Julien Pierre, Steffon Armitage, etc. Aussi Colin Slade ou Conrad Smith lors du fameux match à Pau. Des joueurs qui ont marqué le rugby au plus haut niveau. Andrew Mehrtens venait également de finir sa carrière de joueur à Béziers quand je suis arrivé, mais il a entraîné pendant deux ans. Vous arrivez à croiser des personnages du rugby mondial le temps d’un match… C’est énorme de pouvoir côtoyer ces gens-là grâce à l’arbitrage.
Vous faites aussi un métier difficile, avec des moments forcément plus pénibles. On se souvient notamment d’un match où vous aviez été pris à partie par des supporters de Mont-de-Marsan en 2022. Comment arrive-t-on à le digérer ?
Mont-de-Marsan, c’était un cas, cela s’est passé ainsi mais ça n’a pas été un des moments les plus difficiles pour moi. En 2014, j’avais eu un Carcassonne-La Rochelle avec une histoire de sirène qui n’avait pas bien fonctionné ou qu’on avait mal entendu. Et une pénalité à la fin qui inverse le score. Donc, commission, vous devez monter à Paris, et match à rejouer. Ce sont des périodes qu’on n’a pas envie de vivre. Déjà, il faut être entouré de proches, dans le rugby mais aussi en dehors avec qui vous pouvez parler d’autre chose. Après, l’avantage est que nous sommes sur un match tous les week-ends. Voilà, on a fait une bêtise, comme un joueur qui loupe un plaquage ou un deux contre un, qui va peut-être faire manquer la phase finale ou la victoire dans un match important. Quand ça arrive, il faut travailler pour rebondir. Et se montrer performant le samedi suivant, prouver que c’était juste un mauvais moment à passer. Parfois, c’est un peu plus long… Mais il ne faut pas rester sur les déceptions. On doit repartir sur ce qu’on maîtrise et sur ses points forts. Sinon, on s’enfonce, on s’enterre et ce n’est pas bon pour la suite de la carrière.
Qu’est-ce qui vous attend après cette rencontre à Montauban ? On a cru comprendre que vous alliez continuer à faire la touche en Top 14…
Lorsque la cellule de haute performance m’a annoncé que, pour moi, le contrat en tant qu’arbitre central s’arrêtait au 30 juin, on m’a proposé directement une seconde voie. À savoir d’entrer dans le corps des juges de touche du secteur professionnel. Ils veulent se servir de notre expérience en tant qu’arbitre central pour essayer de l’apporter en tant que juge de touche et faire progresser tout le monde. Il m’a fallu un temps de réflexion. Qui dit touche en Top 14, dit absent le week-end. On fait quelque chose qui est quand même très égoïste. Je ne suis pas tout seul. J’ai donc demandé à ma femme et mon fils ce qu’ils en pensaient.
Et alors ?
Ma femme me sait passionné, donc ne voulait pas m’empêcher de continuer ce que j’aime. Par contre, mon fils a des plateaux le samedi et ça me tenait à cœur de savoir son avis. Mais quand vous lui parlez de Top 14, il ne voit pas la différence entre le centre et la touche (rire). Ça le fait rêver, et on va dire qu’ils m’ont donné leur accord pour y aller, même si je dois être absent le week-end. J’ai donc accepté la nouvelle mission qui m’a été proposée par la cellule pour être juge de touche en Top 14 et en Pro D2.
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