Mathieu Raynal, le responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage mise en place par la FFR et la LNR, a répondu aux questions de la rédaction et des abonnés de Midi Olympique et Rugbyrama. Il revient longuement sur les sujets polémiques qui entourent l’arbitrage…
La discipline : « Personnellement, je ne vois pas la plus-value qu’apporte le carton orange »
Quel premier bilan faites-vous du carton orange ?
Le carton orange, c’est très compliqué. Et ça l’est parce que déjà, il nous a été imposé par World Rugby, qui avait décidé de cette troisième sanction, cette exclusion de vingt minutes. Nous, pour davantage de lisibilité, on a décidé d’en changer la couleur, parce que d’avoir un rouge de vingt minutes et un rouge permanent, pour les gens dans le stade, c’était compliqué d’en faire la différence. Au départ, l’idée était très claire : il fallait analyser les situations en fonction des carton jaune et rouge. Si on n’avait aucun élément pour aller au rouge, parce qu’on sent qu’il manque des circonstances aggravantes ou si, dans cette situation-là, un jaune serait trop faible, c’est que potentiellement, on est sur un carton orange. Donc on a dit que ces cartons oranges devaient être utilisés à la marge, parce que parfois, on a des situations de jeu qui vont diviser l’opinion publique et même diviser une salle où il y a vingt arbitres internationaux : dix diront que c’est rouge, dix diront que c’est jaune. Ce carton orange était fait pour réunir les gens, qu’il y ait consensus sur une situation très singulière. C’est la philosophie avec laquelle on a décidé d’utiliser ce carton orange. Nous sommes sur quinze cartons orange depuis le début de la saison (six en Top 14 et douze en Pro D2 exactement, N.D.L.R.), ce qui n’est pas énorme, d’autant plus que sur les quinze, il y en a facilement dix qui auraient pu être de couleurs différentes. Donc voilà, il est utilisé à la marge.
Avez-vous échangé avec les entraîneurs au sujet de ces cartons orange donnés ?
Quand on met en place quelque chose de nouveau, il y a toujours des réticences, des questions et parfois il y a des débats plus engagés que d’autre. Pour autant, il est encore trop tôt pour le faire. Nous ferons ce bilan en mars à Paris, avec la DTN, la Ligue, les arbitres et tous les entraîneurs. Ce sera l’occasion d’avoir une large discussion avec l’ensemble des acteurs pour voir ce qui a fonctionné ou non et des groupes de travail seront constitués en amont pour avancer sur le sujet. Personnellement, je ne vois pas la plus-value qu’apporte ce carton orange, hormis pour trancher des situations très singulières. Laissons-nous un peu de temps et nous verrons.
Quel regard portez-vous sur les simulations, qui deviennent de plus en plus fréquentes. Comptez-vous les sanctionner d’un carton jaune comme au football ?
La consigne est très claire : si la simulation est claire et avérée, c’est carton jaune, il n’y a aucun problème. Ça fait partie des choses qui vont dans le sens de l’intérêt général de notre sport. C’est tracer une ligne jaune et dire que notre sport ne doit pas aller au-delà. Si c’est une simulation avérée, on ne discute pas là-dessus.
Au delà des cas de simulations, il y a aussi des cas d’exagérations, notamment sur le cas de contacts à la tête, où certains joueurs en rajoutent pour être sûrs que leurs adversaires écoperont d’un carton rouge…
C’est quelque chose que l’on va évoquer avec l’ensemble des managers de clubs et des arbitres. Je ne dirai pas de quel club il s’agit mais j’ai des séquences vidéos sur lesquelles on voit très clairement un médecin aller sur le terrain et demander au joueur de se remettre au sol et de se tenir la tête alors que ce dernier s’était relevé de lui-même. Je veux que tout le monde voit cela et demander au coach concerné si l’intérêt général de notre sport va dans cette direction. Il faut donc d’abord en faire appel à l’honnêteté intellectuelle de chacun. Si, après cette discussion, cela continue, on donnera des consignes avec une possible exclusion du joueur. Parce que c’est quelque chose de primordial pour notre sport, qui doit garder ses valeurs.
La mêlée fait toujours débat au niveau international. Que pouvez-vous nous en dire ?
La mêlée, c’est l’identité de notre sport. Si, aujourd’hui, on demande à des gens qui ne sont pas des amateurs de rugby ce qu’ils préfèrent dans notre jeu, ils vont répondre la mêlée, même s’ils n’y comprennent rien. Donc c’est important de la protéger et de la protéger fort. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, les nations du Sud poussent presque à la suppression de la mêlée. Si l’on pouvait mettre le ballon directement dans les pieds du troisième ligne centre pour la jouer vite et perdre le moins de temps possible pour qu’il y ait des passes et des essais, ça leur va tout à fait. Mais nous, c’est notre culture, notre identité. C’est comme si on remplaçait la tour Eiffel de Paris par un arbre. Je ne sais pas si on amènerait autant de monde à Paris. Donc nous, on a cette vraie volonté de protéger la mêlée. Maintenant, est-ce qu’elle fait débat ? Bien évidemment. Avec le nombre de joueurs qu’il y a sur 10 mètrescarrés, bien évidemment que ça fait débat. Est-ce qu’on travaille à essayer de clarifier les choses, d’amener des observables clairs ? Oui. Comment fait-on ? On échange avec l’ensemble des arbitres et des coachs ? Ensuite, on met en place des observables clairs. Il y a aussi William Servat qui est présent à chaque réunion organisée avec les coachs de mêlée, plus les arbitres. Là c’est pareil, on donne la parole aux entraîneurs, on leur présente les observables définis ensemble et c’est un travail collectif. À eux de mieux coacher leurs joueurs, à nous de l’arbitrer avec plus de précision et collectivement, il faut qu’on simplifie au maximum ces observables pour qu’ils soient lisibles pour le grand public. Mais dans tous les cas, c’est absolument capital de protéger la mêlée parce que c’est l’identité de l’entreprise.
Le vidéo arbitrage : « Cela prend quatre minutes par rencontre.
Combien pour faire les changements ? Douze minutes »
Quel regard portez-vous sur l’arbitrage-vidéo et l’ampleur que ce dispositif a pris dans le rugby moderne ?
L’arbitrage vidéo est devenu un moment capital du match. J’entends tout le monde dire que ça prend trop de temps. Il faut savoir que ça prend quatre minutes par rencontre. Est-ce que vous savez combien de temps on met de temps à faire des changements ? Douze minutes. Et les touches ? Dix minutes. Qui plus est, l’appel vidéo a une vraie valeur pédagogique à mes yeux. C’est le seul moment où les gens peuvent se mettre à la place de l’arbitre. Vous avez une situation face à vous, à l’écran et vous pouvez réfléchir à la meilleure décision à prendre. Deuxièmement, il permet à l’arbitre de prendre le téléspectateur par la main et de l’amener jusqu’à la décision finale en expliquant toutes les étapes. Ce que ne permet pas le bunker qui a été mis en place au niveau international.

Ce dispositif ne permet-il pas, a contrario, de gagner du temps en évitant un long arrêt de jeu ?
On a justifié son instauration en disant cela. Mais on ne gagne pas de temps avec le bunker. Au niveau international, vous commencez par arrêter le match, vous mettez la situation à l’écran, vous regardez, vous décidez de l’envoyer dans le bunker, vous avez un retour dans l’oreillette et, si la sanction est relevée, vous arrêtez le match, vous appelez les capitaines, vous leur expliquez les raisons du choix. À l’arrivée, le téléspectateur n’a plus le cheminement qui a conduit à la décision finale et vous avez perdu autant de temps. Et à côté de ça, vous avez dépensé énormément d’argent pour mettre en place le bunker et ajouter des arbitres.
Un aspect, qui est lié à la vidéo, tient à la sonorisation des arbitres. Êtes-vous favorable à ce que leurs décisions s’entendent dans le stade ?
Tout ce qui peut favoriser une meilleure compréhension des décisions de la part du grand public est une bonne chose. À l’heure actuelle, c’est plus un problème technique, pour capter le son de l’arbitre, qui freine cette mise en place. Mais la volonté, en Top 14, est clairement d’ouvrir le micro des arbitres à partir du moment où il dit : « J’ai une décision. » Tout ce qui est discussions avec les capitaines et échanges avec les autres arbitres ne serait pas compris, dans un premier temps.
En regardant les matchs, on est souvent amené à se questionner sur le champ d’intervention de l’arbitre-vidéo, qui se fait entendre à intervalles irréguliers…
Ça fait partie de la simplification des règles qu’il faut mener. Aujourd’hui, le protocole d’arbitrage vidéo correspond un pavé de vingt pages qui n’est pas accessible à tout le monde. Ce devrait être très lisible. Il faudrait deux heures de discussion pour expliquer ce sur quoi il peut intervenir ou non. En gros, pour résumer et simplifier, il peut corriger une attribution de balle en touche ou une erreur sur un en-avant. Il peut aussi dire, sur une situation de jeu déloyal, que c’est une simple pénalité pour éviter à l’arbitre de passer les images… Après, il fait avec les images qu’il a à sa disposition.
Quels sont ses moyens, en l’occurrence ?
Pour travailler, il a un écran en direct et un autre avec un léger différé de cinq secondes. Il n’a absolument aucun ralenti. Quand le grand public dit : « Mais comment il n’a pas pu voir ça ? », il faut savoir qu’il voit les mêmes images que les téléspectateurs. Ce n’est pas comme avec World Rugby où il y a le système « hawk-eye » avec accès à tous les angles de caméra et un technicien dédié à aller chercher tous les angles. En Top 14, l’arbitre est tributaire des images de Canal. Il y a un travail mené avec la LNR et le diffuseur pour faire évoluer l’outil technologique. À terme, l’idée serait que l’arbitre-vidéo puisse avoir un accès direct à l’ensemble des caméras du stade, qu’il puisse faire pause, marche arrière… Au passage, cela nous mettrait sur un pied d’égalité avec les staffs des clubs qui ont, eux, accès à toutes les caméras, à tous les angles en direct. Ce qui peut générer de l’incompréhension.
Les relations avec les coachs : « Franchement, il est très rare qu’un entraîneur appelle pour se plaindre »
Échangez-vous régulièrement avec les entraîneurs de Top 14 et de Pro D2 ?
Oui, j’échange régulièrement avec eux, jusqu’à un certain point et sous une forme bien définie, dans un cadre qui est absolument non négociable. Ce n’est pas formel. Et, franchement, il est très rare qu’un entraîneur appelle pour se plaindre. En général, ils ont l’opportunité de débriefer avec l’équipe d’arbitres à l’issue de la rencontre et ils la saisissent. Lorsque les discussions s’enveniment ou qu’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord, c’est là que j’interviens pour trancher. Mais dans la grande majorité des cas, les échanges sont très constructifs. Après les rencontres, les clubs disposent de clips vidéo sur des points précis d’arbitrage et ont la possibilité d’organiser une visioconférence avec l’arbitre pour clarifier certaines décisions. Tous les clubs le font. Cela fonctionne plutôt bien et il n’y a aucune nécessité de rendre public les erreurs d’arbitrage. Cela doit rester entre l’arbitre et l’entraîneur.
Comment gérez-vous les déclarations parfois clivantes des coachs en conférence de presse ?
Je ne maîtrise pas leur communication en conférence de presse mais il m’arrive d’échanger avec eux. J’ai, par exemple, discuté avec Christophe Urios après une déclaration à Clermont, concernant le carton orange et la vidéo. Je lui ai rappelé que les introductions en mêlée, c’était eux qui nous avaient demandé davantage d’équité et qu’il y avait eu un consensus sur ce point. Moi, je veux bien entendre les critiques mais nous avons fait les choses dans l’ordre. Nous échangeons beaucoup avec eux, nous mettons les règles en place ensemble et nous les formalisons noir sur blanc. Ils disposent d’un document de soixante-cinq pages dans lequel les procédures sont définies avec eux. Ils y participent et sont donc pleinement partie prenante de la manière dont ils sont arbitrés.
Y a-t-il parfois des interventions d’entraîneurs dans la désignation des arbitres ?
Non, absolument pas. On n’intervient pas dans la composition d’une équipe. Je ne vais pas appeler un entraîneur pour lui dire quel pilier gauche aligner. Chacun son rôle. Le président préside, les entraîneurs entraînent, les joueurs jouent et nous, nous gérons l’arbitrage. Concernant les désignations, personne n’intervient. Elles sont totalement indépendantes.
Comment vos relations avec les entraîneurs ont-elles évolué ?
Tous les entraîneurs sont conviés à notre stage de présaison et nous organisons aujourd’hui des réunions régulières avec eux. Nous leur laissons également la possibilité de décider sur certains points techniques du jeu et sur la manière dont ils seront arbitrés. Nous cherchons des consensus avec l’ensemble des clubs. Ce n’est pas une décision unilatérale de notre part. Par exemple, nous ne décidons pas seuls d’arbitrer différemment les introductions en mêlée. C’est le fruit d’une réflexion collective menée avec tous les entraîneurs de Top 14 et Pro D2, ceux des équipes de France, ainsi qu’avec la direction technique nationale. Nous sommes tous autour de la table pour décider ensemble. Une fois le consensus trouvé, nous mettons en place des réunions spécifiques, tous les deux mois, entre les arbitres et les coachs de mêlée de l’ensemble des staffs de Top 14 et de Pro D2. Cela permet de faire des points d’étape et d’ajuster si nécessaire. Ce n’est pas une opposition entre arbitres et entraîneurs mais un travail collectif pour orienter le jeu, dans notre championnat comme à l’international, notamment auprès de World Rugby. Par ailleurs, tous les clubs peuvent solliciter un arbitre à l’entraînement. Depuis le début du championnat, nous comptabilisons soixante-treize interventions. Un club peut, par exemple, demander la venue d’un arbitre pour une journée. Nous en désignons alors un du secteur pro, qui passe la journée avec le staff afin de travailler sur des situations de jeu. Cela se fait dans tous les clubs, en Top 14 comme en Pro D2.
L’évaluation des arbitres : « La répétition des contre-performances à très haut niveau n’est pas acceptée »
Comment évaluez-vous les prestations des arbitres au sein de la cellule performance ?
La travail est vaste. D’abord, on a mis un staff spécifique pour les juges de touche, ce qui n’existait pas avant. Il s’ajoute au staff spécifique des arbitres centraux et vidéo. Notre travail est d’amener du contenu technique. Tous les mardis, on débriefe les quinze matchs en les visionnant. De plus, on a un logiciel d’analyse de performance des arbitres que le football nous reprend pour la Ligue 1. Ce logiciel nous fournit énormément de statistiques sur les performances des arbitres. Par exemple, je suis capable de vous dire tel arbitre est à 86 % de bonnes décisions, à tant de pourcentage d’erreurs, à tant de non-décisions ou de « high-impact decisions », qui sont les décisions qui ont un impact sur le score, sur un carton jaune, orange ou rouge. Cela nous permet aussi d’évaluer nos arbitres sous contrat. L’année dernière, on en avait trente. Mais comme on suit également les performances des arbitres de Nationale, on peut mettre en concurrence nos arbitres du secteur professionnel avec nos meilleurs éléments de Nationale.
Les concurrencer aupoint de rompre leur contrat ?
Tout à fait. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé l’année dernière, où sur nos trente arbitres, il y en a neuf à qui on n’a pas renouvelé les contrats parce qu’ils étaient contre-performants et que nous avions le sentiment qu’il y avait davantage de ressources, qu’il y avait des arbitres de National qui nous offraient plus de garanties qu’eux. Ça, c’est important de le savoir parce que… j’entends souvent dire que les arbitres font des erreurs et qu’ils sont intouchables. C’est faux. Ils font des erreurs, oui, à chaque rencontre. J’ai fait trois cent cinquante matchs dans ma carrière, il n’y a pas un match où je n’ai pas fait une erreur. C’est normal pour un arbitre, c’est naturel. En revanche, la répétition des contre-performances au très haut niveau n’est pas acceptée. On ne l’accepte pas. Donc, l’analyse de performance est vraiment au cœur de notre fonctionnement.
Quelle est la situation contractuelle des arbitres ?
Ce sont des contrats de prestation de service, car il est illégal d’avoir des arbitres salariés, mais Nicolas (Datas, à ses côtés, qui est le coordinateur des arbitres de Top 14 et Pro D2, N.D.L.R.) va vous l’expliquer.
N.D. : Nos arbitres sont prestataires de services.On leur achète 144 demi-journées de prestations sur la saison que l’on pose sur un calendrier en fonction des jours de match. Cela génère une certaine rémunération pour les arbitres de Pro D2 et cela leur permet d’avoir du temps disponible pour travailler sur les vidéos, entretenir leur condition physique et préparer leur match. Ils sont, grosso modo, à un jour et demi par semaine. Et après, on a ceux qui ont le statut « Coupe d’Europe », à deux jours et demi par semaine. Enfin, il y a ceux qui ont un statut « international ». Il n’y en a que trois (Pierre Brousset, Luc Ramos et Aurélie Groizeleau) et sont, entre guillemets, à temps plein, donc mis à disposition de la FFR pour cinq jours par semaine. Ça, c’est indépendant de tout ce qui est prime de match. C’est un contrat qui est valable pour la saison, du 1er juillet au 30 juin. Et généralement, c’est autour de la période de février ou mars que l’on annonce aux arbitres concernés que nous ne renouvellerons pas leurs contrats l’année suivante. Ce choix est fait en fonction de plusieurs critères : comme le dit Mathieu, il n’y a pas que le score décisionnel mais aussi des critères physiques, etc.
Vous les reléguez donc enNationale ?
Nicolas Datas : Cela dépend. L’année dernière, un des neuf arbitres est retourné en Nationale, les autres ont basculé en juge de touche ou à la vidéo. C’est ce que l’on appelle la reconversion, une étape dans laquelle on continue à les accompagner. Nous ne voulons pas laisser un arbitre sur le bord de la route et on travaille avec lui sur comment il pourrait continuer à travailler dans l’arbitrage.
Mathieu Raynal : Le point central reste quand même la compétence. Aujourd’hui, on estime qu’un ancien arbitre central qui compte cent cinquante matchs de Pro D2 peut nous apporter beaucoup d’expérience à la touche ou à la vidéo en Top 14. Car ces arbitres sont déjà « câblés » sur le haut niveau. Si leur performance n’était pas assez bonne en tant qu’arbitre central, ils ont quand même la compétence nécessaire pour jouer les premiers rôles dans les groupes d’arbitres de touche ou vidéo.
Les arbitres ne bénéficient donc pas d’une impunité ?
Je ne comprends pas. à quel moment il y a impunité quand un arbitre donne de son temps et de sa personne et sacrifie ses week-ends depuis son plus jeune âge pour être performant ? Vous croyez vraiment que ce mec va être heureux de faire des erreurs ? Vous n’imaginez pas la douleur que c’est de quitter un terrain avec le sentiment d’avoir pris une décision qui a fait basculer le match. C’est très compliqué. Mais encore une fois, des erreurs, il y en a. Et il y en aura à la Coupe du monde 2027, à tous les matchs. Pour autant, on ne les accepte pas. On travaille. Aujourd’hui, pour un arbitre de classe mondiale, le standard doit être entre 88 et 95 % d’un score décisionnel précis. Et même s’il est à 94 %, il reste 6 % d’erreurs. Et les gens ont tendance à se concentrer sur ces 6 %.
Au niveau international, comment expliquez-vous le fait qu’il y ait moins d’arbitres français ? S’agit-il d’un déclassement ?
C’est un problème générationnel mais aujourd’hui, il est davantage d’ordre politique car World Rugby a décidé d’ouvrir les portes à d’autres nations : on a vu l’émergence de Nika Amashukeli qui est géorgien, de l’Argentin Damian Schneider ou encore de Hollie Davidson qui est écossaise… Je pense qu’à l’avenir, il sera complexe de revoir quatre arbitres de champ d’une même nation sur une Coupe du monde. Peut-être que l’augmentation du nombre de nations engagées sur le prochain Mondial augmentera le nombre d’arbitres engagés mais à mon sens, cela restera difficile.
Vous parlez de logiciel d’analyse de performance des arbitres. Ce score décisionnel est-il déterminé par l’intelligence artificielle ou par vous-même ?
Il est déterminé par nous, bien sûr. Chaque match est disséqué, les bonnes décisions sont « clipées » (mise sous forme de clips vidéos), de même que le sont les mauvaises, les non-décisions, etc. C’est à dire que grâce à ce logiciel, je peux taper le nom de Pierre Brousset et j’obtiendrai toutes les données de sa saison, avec à chaque fois le clip correspondant et toutes ses statistiques détaillées. Et pour la première fois dans l’histoire de l’arbitrage, ces données sont ouvertes à tous les arbitres. Donc cela veut dire que tous ont la possibilité de voir les erreurs des uns et des autres, de même que les bonnes décisions. Cette base de donnée représente un vrai contenu technique pour eux. À l’époque, ce système n’existait pas. Tout était fermé. Il n’y avait pas de visibilité. Mais nous avons décidé de tout ouvrir. Les arbitres doivent aujourd’hui aller se nourrir de cela, d’échanger entre eux pour essayer de trouver une cohérence. Donc, pour en revenir à la question, l’intelligence artificielle n’est pas encore dans l’équation. Peut-être qu’on y viendra mais pour l’instant, c’est notre analyse qui, rappelons-le, a aussi une marge d’erreur. Ces statistiques sont donc des indicateurs mais on sait aussi les relativiser.
Finalement il y a peu de situations 50-50, où deux règles entrent en collision ?
De manière claire, je ne vois pas où une règle va venir en confontation avec une autre. Ou alors il me faut un exemple concret.
Comme sur les déblayages parexemple ?
Vous voulez parler des entrées latérales par exemple ? C’est très simple, il y a un observable qui a été partagé avec les clubs. À partir du moment où le soutien offensif, qui vient déblayer le potentiel gratteur, met un bras sur l’épaule, c’est considéré comme un point d’entrée légal. C’est un observable clair pour les arbitres : soit il y est et c’est légal, soit il n’y est pas et c’est illégal. Dans tous les cas, on essaie de simplifier et de clarifier ces observables.
La gestion de la pression : « Les réseaux sociaux sont des caisses de résonance énormes qui pèsent sur la santé mentale des arbitres »
À vos yeux, est-il plus facile d’être arbitre aujourd’hui qu’il y a dix ou vingt ans ?
Sur un plan technique, c’est plus facile. Il y a aussi une forme de confort dans le cadre de travail, avec davantage de temps et de ressources mis à disposition par les instances. Est-ce que, pour autant, il est plus facile d’arbitrer aujourd’hui ? Il y a tout de même eu l’apparition des réseaux sociaux qui sont des caisses de résonance énormes et qui pèsent sur la santé mentale des arbitres. Il faut se rendre compte que ce sont des vagues de haine qui peuvent déferler. Après le bras-cassé que j’avais sifflé à la fin d’Australie-Nouvelle-Zélande (en septembre 2022, il avait sifflé un bras-cassé contre l’Australie pour gain de temps à la 80e minute ; ce qui avait offert une dernière mêlée aux All Blacks, à la suite de laquelle ils l’avaient emporté in extremis, N.D.L.R.), je ne pouvais plus toucher mon téléphone, c’était impossible. Il y avait des milliers et des milliers de messages qui arrivaient. Ça rend inévitablement le métier plus compliqué. La vidéo a aussi des conséquences. Quand il y a dix caméras autour d’un match, on a l’impression que l’on ne peut plus rien rater. Or, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais un match de rugby sans erreur d’arbitrage. Là où il y a une différence de traitement qui peut être dure à vivre, c’est qu’on pardonne beaucoup moins ses erreurs à un arbitre qu’à un joueur ou à un entraîneur. Et ils les traînent toute sa carrière.
Comment gère-t-on les heures et jours d’après ?
Quitter un terrain en sachant que l’on a commis une erreur qui a fait basculer un match, c’est une grande douleur pour un arbitre. Avant la Coupe du monde 2023, il y avait eu un échange entre Bryce Lawrence, Wayne Barnes et Craig Joubert qui expliquaient comment chacun avaient vécu leurs erreurs sur des matchs capitaux. Lawrence nous a raconté qu’après un quart de finale de Coupe du monde entre l’Afrique du Sud et Australie, il était rentré à son hôtel et s’était mis sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, au 10e étage, en regardant la photo de ses enfants. Il avait eu l’envie de se foutre en l’air… Vous imaginez la douleur. Est-ce qu’au final, pour un arbitre, cette sensation n’est pas une sanction suffisante ? Est-ce qu’on a besoin de s’acharner médiatiquement sur quelqu’un en lui disant : « Tu as fait une erreur » ?
Qu’est-ce qui est mis en place pour aider les arbitres face au risque occasionné par les réseaux sociaux?
Avant toute chose, les arbitres qui officient à haut niveau sont capables d’absorber des contextes à pression. Cela n’empêche pas que l’on est très vigilant vis-à-vis de tout ce qui touche à ce sujet. Il faut savoir que nos arbitres peuvent avoir recours à une aide quand ils en ressentent le besoin ; et si ce n’est pas le cas, ils ont un entretien par an programmé avec un psychologue. Cela fait partie du suivi. Au niveau de l’arbitrage européen et mondial, les instances ont signé un contrat avec une société qui prend le contrôle des réseaux sociaux des arbitres autour des matchs : elle écarte tous les messages haineux et engage des poursuites si besoin. Ça avait commencé à se mettre en place sur la fin de ma carrière. Comme je ne voyais plus arriver de messages, je me trouvais d’ailleurs très bon.
Avant les réseaux sociaux, il y a l’environnement direct qui peut peser. À quel point est-ce délicat d’arbitrer dans une ambiance chaude ?
Avec leurs oreillettes moulées, les arbitres sont dans leur bulle. Ils entendent un peu le public mais il y a aussi les communications des autres arbitres (touches, vidéo)… Tout compte fait, ce n’est pas une pression supplémentaire. C’est même agréable d’évoluer dans de grosses ambiances, un plaisir. En sachant que les arbitres et les joueurs recherchent la même chose : livrer une performance de haut niveau.
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