Les grandes affaires du rugby français : 1995, en finale du championnat de France honneur, un arbitre sauvagement agressé

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En juin 1995, la finale du championnat de France honneur opposait Castelnau-Magnoac à Nissan. Elle se termina par l’affreuse agression de son l’arbitre, Philippe Larbalétrier. Un épisode lamentable qui n’a pas changé grand-chose. 

Ce n’était pas tout à fait un match lambda. C’était une finale du championnat de France Honneur entre Castelnau-Magnoac (Armagnac-Bigorre) et Nissan (Languedoc). Elle s’est déroulée à Foix, en plein mois de juin devant 1 700 spectateurs, un match tendu qui alla jusqu’aux prolongations. Score final : 9-6 pour Castelnau-Magnoac qui n’était pas encore associé au totem du rugby français (Antoine Dupont ne naîtra que dix-sept mois plus tard). Les débats avaient été serrés, sans grandes envolées, mais sans heurts particuliers. Puis l’arbitre Philippe Larbalétrier siffla la fin des débats avant de prendre le chemin des vestiaires. La pelouse fut illico envahie par des centaines de supporteurs, euphoriques ou mortifiés. Une dizaine de Languedociens fulminants s’approchèrent de l’arbitre.

Philippe Larbalétrier nous avait raconté la scène en mars dernier : « Ce jour-là, il n’y avait pas de sécurité, les forces de police étaient réquisitionnées par des élections. Après le coup de sifflet final, donc, les supporters ont envahi la pelouse et un joueur de Nissan, Didier Minaro, m’a emplâtré par-derrière. Je me suis retrouvé au sol et j’ai pris plusieurs coups… » Coups de pied et coups de poing pleuvent sur le pauvre arbitre, recroquevillé au sol. Des dirigeants de l’US Foix interviennent pour le tirer de ce mauvais pas, ils réussissent à l’extraire de ce guet-apens et le confient d’abord au médecin du SAMU et à des pompiers. La police arrive enfin et escorte l’arbitre vers les urgences, son visage est tuméfié, son corps est couvert d’ecchymoses les radios révèlent plusieurs côtes cassées, le sternum enfoncé et une fracture de l’omoplate droite : « J’ai passé quelques jours à l’hôpital et je n’ai pas pu travailler pendant trois mois. Mon épouse a dû assurer seule l’exploitation de mon commerce de Casteljaloux en Lot-et-Garonne. »

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51 jours d’ITT

On pourrait résumer son agression à un chiffre : 51, comme le jour d’ITT. Le match avait été filmé et les images de France 3 permettent de dénombrer six agresseurs, trois joueurs et trois supporteurs et parmi eux, donc, une figure, Didier, dit Diego Minaro, ancien talonneur de l’AS Béziers, deux fois champion de France, international B. Il avait 35 ans et voulait finir sa carrière avec un nouveau titre sous les couleurs de son club formateur l’US Nissan. Le rêve lui avait échappé de peu, Il avait alors perdu son sang-froid. Nous l’avons appelé, mais il n’a pas souhaité nous offrir sa version de l’affaire, il la donnera dans un livre autobiographique qui paraîtra en juin 2025. Mais on sait qu’il a toujours nié avoir attaqué l’arbitre par-derrière. La suite de sa carrière a montré qu’il n’était pas un bourrin, il fut entraîneur et directeur du centre de formation de l’ASB, historien, et même inventeur. 

Mais les violences ont bien eu lieu, personne ne peut les nier. Et six personnes, trois joueurs sont vite identifiés. « Sur le coup, la FFR et la police ont pris l’affaire en main. Didier Minaro, Joseph Cano et Antonio Ortega ont été radiés, mais j’ai appris quelques années après qu’ils avaient été requalifiés… » L’affaire déborde du monde sportif, la justice s’en saisit. Le procureur déclenche des poursuites. Elle prend le chemin du tribunal correctionnel deux mois après. Les six Nissanais sont là et n’en mènent pas large. Ils n’avaient pas pris une seule fois des nouvelles de Philippe Larbalétrier ni exprimé le moindre remord : « Les trois hommes ainsi que trois supporters ont été condamnés à de la prison avec sursis. Le jour de l’audience, seul Minaro a parlé, les deux autres ont baissé la tête sans me regarder. Minaro a reconnu les faits, il a expliqué qu’il avait « pété les plombs » et qu’il regrettait. J’ai repris assez rapidement l’arbitrage, je ne voulais pas rester sur ça. » Nous avons retrouvé les peines ; huit mois pour les trois joueurs, six mois pour les trois supporteurs, plus 1 600 euros de dommages et intérêts qui n’ont jamais été versés. Peu de temps après, René Hourquet dit à Philippe Larbalétrier : « Il est hors de question que tu arrêtes. Ce serait donner raison à tes agresseurs. » Ce fut chose faite dès le mois d’octobre 1995. Puis très vite, l’UNAR vit le jour (Union Nationale des Arbitres de Rugby), première conséquence de l’odieuse agression.

Plus jamais comme avant 

Mais le plus triste dans cette affaire, fut qu’elle avait placé une sorte de cible dans le dos de M. Larbalétrier. Il ne put éviter les quolibets de la foule : « Je me souviens d’un de mes premiers matchs dans le Tarn où le public me criait : « Rappelle-toi Minaro ! On va te faire pareil. »«  Les autorités de l’arbitrage et René Hourquet lui offrirent quelques rendez-vous de prestige : la finale féminine de 1996, la touche de la finale Reichel 1997, Toulon-Bayonne. « On m’a proposé de faire la touche en première division et j’ai refusé. Je ne voulais plus me faire insulter. » Sur le moment, l’affaire Larbalétrier avait connu un certain écho médiatique, mais la sécurité des arbitres ne s’en trouva pas améliorée. En mars 2024, il nous avait confié son pessimisme : « Depuis, je n’ai pas le sentiment que la situation a évolué. C’est de pire en pire, les gens contestent tout. J’ai été directeur technique des arbitres du Lot-et-Garonne je suis désormais en Bretagne où je dirige les arbitres du Finistère. Je me rends compte que les gens sont remontés partout. Je crois qu’on va perdre de plus en plus d’arbitres, l’an dernier il y a eu vingt-et-une agressions, six déjà cette saison. Le public est de plus en plus excité, tout vient de là. Les arbitres dont je m’occupe me disent parfois que si ça continue, ils vont tout arrêter. Mais il y a trente ans, c’était déjà dur, mon cas a été médiatisé parce que c’était une finale, mais il y a eu plein d’affaires dont on n’a pas parlé. Bernard Lapasset m’a téléphoné à l’hôpital le soir même, ainsi qu’Antenne 2, premier coup de fil. Je suis passé au journal de 20 heures, ma pauvre mère a été choquée. Mais mon affaire, pour moi, c’est du passé. Si je recroisais Minaro aujourd’hui, je lui serrerais la main. »

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