
Au début du mois, les cousins Aurélie et Danny Groizeleau ont eu le privilège d’arbitrer, à la touche, la rencontre de Pro D2 entre Biarritz et Agen. Ils racontent l’expérience…
Le stade Aguiléra de Biarritz a été le théâtre d’un événement peu commun, le 7 novembre dernier. Ce soir-là, les cousins Aurélie et Danny Groizeleau ont eu la chance et l’occasion rare d’arbitrer, côte à côte, une rencontre professionnelle, à savoir le duel entre le Biarritz olympique et le SU Agen. « C’est du pur hasard, explique d’emblée Nicolas Datas, responsable des officiels de matchs du secteur professionnel. Le fait qu’ils soient de la même famille n’est ni un critère de sélection, ni un frein. Lorsque nous faisons les désignations avec Romain Poite, Mathieu Raynal, Maxime Chalon et Sébastien Clouté, nous commençons toujours par désigner l’arbitre de champ (Mathieu Noirot pour ce match, N.D.L.R.) et le juge de touche numéro 1 (Aurélie Groizeleau, N.D.L.R.), pour savoir qui est susceptible de remplacer l’arbitre principal en cas de blessure. Maxime Chalon choisit ensuite, à part, le juge de touche numéro 2. Il essaye de le placer en fonction du feeling qu’il peut y avoir avec l’arbitre de champ et lorsqu’il a rempli le nom de Danny à côté de celui d’Aurélie, ça l’a fait sourire et il s’est dit que ça ferait un beau clin d’œil. »
Ils s’entraînent ensemble depuis des années
C’est à la mi-octobre, soit environ trois semaines avant la rencontre, que les deux cousins ont été prévenus, par mail, qu’ils officieraient côte à côte. « Quand Danny a été promu en Pro D2, on s’était dit qu’il faudrait qu’on fasse un match ensemble, mais ça a été la surprise, avoue Aurélie. Derrière, on s’est envoyé un message pour caler le programme, puis le déplacement. » Pour cause, Aurélie et Danny Groizeleau, en plus d’être issus de la même famille, habitent à Marans, une vaste commune de 5 000 habitants au nord-est de La Rochelle. « On a donc l’habitude de s’entraîner en duo depuis des années. On court ensemble une à deux fois par semaine selon nos plannings », raconte Aurélie. « Notre routine, dans la préparation d’un match, est réglée, enchaîne Danny. On a pu avoir quelques mots sur les points identifiés dans la semaine pendant notre séance de sport. »
Ce moment quelque peu particulier, pour eux, a en revanche été traité comme un non-événement du côté de la direction technique de l’arbitrage. Celle-ci a eu conscience que la désignation commune de deux cousins sur un même match restait « une belle histoire », mais elle n’a pas eu besoin d’accompagner les Groizeleau dans l’approche émotionnelle du match. « On n’a pas estimé que c’était nécessaire et ils ont su gérer ça tout seuls, souligne Nicolas Datas. Aurélie est expérimentée, elle sort d’une Coupe du monde. C’est notre seule arbitre féminine qui a été sélectionnée pour cette compétition. Elle a un certain nombre de matchs au compteur avec des situations plus ou moins difficiles à gérer. Je pense qu’elle a aidé Danny dans ce rôle-là. »
Aurélie Groizeleau : « D’habitude, je suis toute seule dans ma voiture »
Cette affectation a aussi permis aux cousins d’effectuer, ensemble, les 4 h 30 de route séparant Marans de Biarritz, en ce vendredi pluvieux du mois de novembre. « C’est sympathique. On le voit très rarement », note Danny. « D’habitude, je suis tout le temps toute seule dans ma voiture, en Pro D2 », ajoute Aurélie.
Visage désormais connu des pelouses de Pro D2, où elle est habituée à officier en tant qu’arbitre centrale, la femme de 36 ans s’est, cette fois, glissée sur la touche pour assister Mathieu Noirot, le chef d’orchestre de ce match de Pro D2 entre deux bastions historiques du rugby français. « Le fait qu’elle soit à la touche m’a peut-être mis un peu moins de pression, se marre Danny. Vous savez, lorsqu’on est arbitre de touche, on veut que celui au centre puisse rendre la meilleure copie possible en l’aidant. Il aurait pu y avoir un côté un peu plus affectif, si Aurélie s’était retrouvée au milieu, en me disant que comme c’est Aurélie, je dois lui rendre la meilleure performance possible, si je ne veux pas en entendre parler à un repas de famille. »
À défaut de polémique ou quelconque raillerie bon enfant, ce match pourra animer positivement les prochaines discussions en famille, puisque les deux cousins ont, ce jour-là, rendu une copie plutôt propre, car aucune décision du trio arbitral n’a animé les discussions de comptoir, une fois la rencontre terminée. « Il n’y a pas eu de difficultés majeures aujourd’hui. Il y a eu plein de situations où il fallait être concentré et focus, c’est tout », coupe Aurélie. L’arbitre internationale a même pu croiser son cousin à plusieurs reprises, sous les poteaux d’Aguiléra, de nombreux appels à la vidéo ayant eu lieu ce soir-là. « Ça a dû faire plaisir à notre grand-mère, qui devait nous voir en gros plan dans son salon », sourit-elle.
Au départ, rien ne les prédestinait à arbitrer ensemble
Perché en haut de la tribune Blanco, Nicolas Datas, le superviseur du soir, a aussi pu constater que le visage des officiels a souvent fait son apparition sur l’écran géant d’Aguiléra. Le trio s’est notamment réuni, dans l’en-but, sur une occasion d’essai du BO (15e), quand il a fallu juger de la couleur du carton (rouge) adressé à Madigan (27e) ou lorsque la défense basque a empêché Jouvin de marquer (31e). « Leur match a été très intéressant, assure-t-il. Paradoxalement, Aurélie qui a beaucoup plus d’expérience, a peut-être moins communiqué que Danny, qui a donné plus d’informations à l’arbitre de champ aujourd’hui. Les deux ont été très bons sur le match, ils ont eu des informations pertinentes sur les choix de la mêlée ou sur les cartons que l’arbitre de champ a dû mettre dans des moments clés du match. Ils peuvent être fiers de leur prestation. »
La famille Groizeleau aussi. Si celle-ci n’avait pas fait le déplacement, elle a vécu, à distance, un événement à part. « Je suis super contente pour elle, avoue Aurélie. Notre grand-mère nous suit depuis toujours, nos parents respectifs aussi. On a reçu des messages WhatsApp. Les neveux de Danny ont regardé la télévision en supportant les arbitres. Pour notre famille, c’était un moment spécial et important. »
Quelques années plus tôt, rien ne prédestinait pourtant Danny et Aurélie à arbitrer côte à côte, même si, très vite, ils ont baigné dans ce sport. « Nos parents ont joué, notre grand-mère était dirigeante d’un club », détaille Danny. « C’est vrai et, nos pères, sur le terrain, n’étaient pas les plus sages », rigole Aurélie. Le passage au sifflet ? C’est pour respecter la charte des clubs, qui stipule que chaque institution doit avoir son quota d’arbitres, qu’il a eu lieu, pour lui. « J’ai démarré par l’école d’arbitrage, qui était tenue par le compagnon d’Aurélie. Il m’a dit : « prends un sifflet et vas-y ». Une fois qu’on y a goûté, on monte les échelons et on ne lâche plus », reconnaît Danny. Pour elle ? « J’étais joueuse sur Toulouse et je me suis blessée, se souvient-elle. Ça a été la porte de sortie. »
Se blinder et apprendre aux autres à le faire
Le hasard a finalement mis les deux cousins sur la voie de l’arbitrage en même temps, il y a plus de dix ans. « Et quand je suis retournée sur La Rochelle, c’était une évidence de vivre cette passion côte à côte et de travailler ensemble pour évoluer, complète Aurélie. On s’est toujours tirés vers le haut, l’un et l’autre en regardant nos matchs. » « Avec les réseaux, c’est facile de s’envoyer les clips, poursuit Danny. Quelle décision aurais-tu prise ? On échange là-dessus, chaque semaine, et on a vite une réponse. » Si les deux cousins ont déjà officié sur un même match, par le passé, dans des divisions amateurs, la récente promotion de Danny, au niveau où évolue déjà sa cousine, leur a donc permis de vivre un moment encore plus fort.
L’arrivée dans une division professionnelle, où les attentes sont décuplées et le public nombreux, amène aussi une pression extérieure, à laquelle les arbitres doivent s’habituer. « On essaye d’être blindés par rapport à ça. Souvent, on n’entend même pas ce qui se dit depuis la pelouse », balaye Aurélie. Quant aux proches ? « Ils le sont un peu moins, soupire-t-elle. On a pu avoir l’expérience de nos familles dans les tribunes, où parfois, quand ça s’énerve un peu sur l’arbitrage, ils le prennent un petit peu à cœur. On a un peu d’éducation à faire, auprès d’elles, pour qu’elles arrivent à se détacher du public, qui peut avoir des mots un peu forts. » Un constat qui rappelle que, derrière le sifflet, il y a avant tout des personnes et un entourage. Car au bout du compte, les arbitres restent des acteurs nécessaires à la pratique de ce jeu, des hommes et des femmes, ayant le droit de se tromper, et qui souhaitent, eux aussi, participer à l’évolution de ce sport.
Ce post a été choisi par toute l’équipe unar.fr en ligne parce que ce dernier figurait dans les interfaces d’un blog consacré au thème « Arbitres de Rugby ». unar.fr est une plateforme d’information qui compile de multiples journaux publiés sur le net dont la thématique principale est « Arbitres de Rugby ». Ce post est rendu de la façon la plus complète qui soit. Si vous souhaitez apporter quelques explications concernant le sujet « Arbitres de Rugby », vous êtes libre de discuter avec notre rédaction. Sous peu, on lancera d’autres renseignements pertinents autour du sujet « Arbitres de Rugby ». Cela dit, visitez de façon régulière notre site.
