Au lendemain d’une petite opération d’un genou, l’arbitre Ludovic Cayre a accepté de revenir auprès d’Actu Rugby sur la finale de Top 14 historique entre Toulouse et Bordeaux (59-3). Son meilleur souvenir, le protocole, les capitaines Dupont et Lucu, l’après-match, les émotions : Ludovic Cayre dit tout et ouvre son cœur.
L’avant-finale de Top 14
Actu : Racontez-nous un peu comment vous avez vécu la veille de cette finale ? Excitation au paroxysme, ou avez-vous gardé votre calme ?
Ludovic Cayre : Ce n’est pas une veille de match comme une autre : il y a une intronisation avec tous les arbitres qui ont déjà dirigé une finale de Top 14. Il y a énormément de monde, et on sent bien que l’événement est particulier. J’ai essayé de vraiment rester calme, de me mettre dans ma bulle après le repas pour ne pas me rajouter une pression inutile et me préparer comme j’ai l’habitude de le faire pour un match.
La nuit a été bonne, ou avez-vous eu du mal à trouver le sommeil ?
L.C : Plutôt bonne (rires). J’avoue qu’il y a eu de l’excitation tout au long de la semaine, et toutes les nuits n’ont pas été bonnes. J’ai cogité un peu car j’ai tendance à vouloir être très carré. Mais la veille de la finale, j’étais serein. La préparation avait été très bonne avec tous les acteurs. J’ai pu me concentrer à ce que je devais arbitrer le jour J.
Justement, le jour J, comment avez-vous tué le temps jusqu’au départ pour la finale, avec un coup d’envoi prévu à 21 ?
L.C : J’ai un coach depuis un an avec lequel j’avais tout calé dès mon arrivée à Marseille, et notamment sur le jour J. Le match étant à 21h, on savait que la journée allait être longue et qu’il fallait trouver le moyen de penser à autre chose. Je me suis levé tard, j’avais la chance aussi d’avoir ma femme et mes parents à Marseille. J’ai pris mon temps, il y a eu un briefing avec les arbitres assistants en fin de matinée, et ensuite j’ai essayé de m’évader de l’hôtel vu qu’il y avait énormément de gens liés au rugby. J’avais réservé un resto en bord de mer. Nous avons passé un très bon moment ensemble. Je me suis octroyé 1h30 de sieste, et ensuite le départ de notre escorte pour le Vélodrome était prévu à 18h30. C’était ma crainte que ce soit long : cela s’est plutôt bien passé je dois avouer.
Dans les vestiaires, avez-vous changé vos habitudes et avez-vous eu des mots différents à l’encontre de vos assistants ?
L.C : Le maître-mot, c’était de ne prendre aucun risque face à un match d’une telle importance. En gros, s’il fallait faire 6 appels à la vidéo, il fallait les faire. Il ne fallait pas que l’on fasse basculer le match sur une décision arbitrale, et que les grosses décisions prises soient bonnes. Mon souhait était qu’on ne parle pas de l’arbitrage après la finale. J’ai eu la chance d’être aidé par deux équipes relativement propres. Elles m’ont facilité la tâche.
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Les capitaines Dupont et Lucu
Dans le documentaire Objectif Brennus de Canal +, l’on voit Antoine Dupont venir vous parler dans votre vestiaire afin que vous prêtiez attention au fait qu’il soit visé par les Bordelais, et notamment retenu aux bords des rucks. Y avez-vous vu une forme de pression de sa part ?
L.C : Pas du tout ! Il vient très souvent parler de cela avant les matchs. Et en plus, à raison. Comme je lui ai dit, j’en ferai autant pour lui que pour Maxime Lucu. Une chose : ces deux capitaines, quand ils disent les choses, c’est cohérent et justifié. Ils n’essaient pas de la faire à l’envers. Ce sont des relais importants sur le terrain. Je n’ai aucun problème de la remontée d’infos par les capitaines, tant que cela fait prendre les bonnes décisions.

D’avoir deux capitaines de la sorte, cela vous a-t-il permis d’être plus à l’aise pour cette finale ?
L.C : Exactement ! Je savais que je n’allais pas avoir un capitaine un peu véhément, ou dans la contestation, à gérer. Ce sont deux personnes posées, lucides, et quand on a une telle relation avec les deux capitaines, c’est beaucoup plus simple. Je savais qu’il n’allait pas me mettre de pression. Après, c’était à moi de faire le boulot pour garder leur confiance. Sur cette finale, Antoine et Maxime ont été parfaits avec moi.
L’absence du président Macron
Pour la première fois, il n’y avait pas d’homme politique présent lors du protocole. Comment l’avez-vous vécu ?
L.C : J’avais déjà fait 2 finales comme arbitre de touche, donc j’avais vécu ce protocole avec le président de la République. Là, j’aurais bien aimé avoir le même protocole en tant qu’arbitre central. Mais la semaine avait été tellement longue, notre seule envie une fois sur le terrain c’était que ça démarre. Avoir un protocole un peu plus court, cela ne m’a pas trop dérangé.
Juste avant la mi-temps, vous refusez un essai à Peato Mauvaka alors que vous l’aviez accepté. Vous êtes vous dit que vous aviez commis une petite boulette ?
L.C : Je suis allé trop vite dans ma communication. Il m’a semblé voir le ballon aplati. Mais en fait, c’est une supposition, je dois prendre plus de temps et ne pas accorder l’essai. Je dois dire « décision terrain, pas essai », et le checker ensuite. On voit à la vidéo que le ballon n’est jamais aplati. Niveau communication, j’aurais dû être plus patient. Cette petite précipitation, ce n’est pas forcément moi (rires). Peut-être dû à la pression, ou l’euphorie de la finale. Après, la bonne décision a été prise, et c’est le principal.
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Une finale qui tourne à la correction
Quand vous avez vu cette finale tourner à la correction, avez-vous eu en votre for intérieur une compassion pour les Bordelais ?
L.C : Franchement, non ! Nous sommes focus sur le match. Qu’importe le score. Malgré un 52-3 ou 59-3, si à la 78e minute je rate un contact épaule-tête qui vaut rouge, et que je ne le mets pas, on m’en aurait parlé. Pour info, j’ai plus sanctionné l’UBB en seconde mi-temps que Toulouse, malgré le score. Le score aurait pu me permettre de faire l’inverse dans le tri des fautes, mais je suis resté un maximum cohérent. Notre seule obsession à tous les arbitres, c’était d’avoir un fait de jeu qui nous soit reproché. Nous étions à mille lieues de vouloir équilibrer le ratio des fautes.
Que vous ont dit les deux équipes à l’issue du match ?
L.C : J’ai eu de bons échanges. Toulouse était forcément dans l’euphorie. Mais j’ai discuté avec certains joueurs de choses de la vie courante (rires). Yannick Bru s’est adressé à moi et s’est presque excusé du niveau de son équipe le jour J. L’UBB avait déjà fait une saison exceptionnelle, et je lui ai dit qu’il n’avait pas à s’excuser pour ça. Les échanges ont été très cordiaux, et je garderai cela en mémoire.

L’après-finale
Et lors du protocole final, avez-vous dit à l’ensemble du corps arbitral que le travail avait été bien fait ?
L.C : Oui ! Sur le terrain, j’ai échangé avec Florian Grill (président de la FFR) et il avait le sourire. Quand les gens de la Direction Nationale de l’Arbitrage sont venus me prendre dans les bras, j’ai compris que cela s’était pas trop mal passé pour nous (rires). Après, c’était plus facile avec un 59-3 qu’un 22-21. Il n’y a pas eu de grosses décisions à prendre, on a eu juste à accompagner et être cohérents dans nos choix. Techniquement, il y a forcément des choses à redire, afin que je puisse encore progresser. Mais nous étions contents et nous avons pu profiter lors de l’après-match, avec une ambiance exceptionnelle.
Prolongez…
L.C : 1h30 après le coup de sifflet final, nous étions toujours sur le terrain avec le président Grill et le stade était encore plein, avec une grosse ambiance. Tous les protocoles étaient pourtant terminés… 2h après, nous buvions le Champagne sur le terrain. Nous avons clairement bien profité de tout cet après-match. Cette finale au Vélodrome, c’était une réussite. La ville de Marseille a aussi vibré pour cette finale.
Si vous ne deviez retenir qu’un seul souvenir, ce serait lequel ?
L.C : Je vais choisir la soirée d’intronisation. Ma famille était là, tous les arbitres qui ont officié en finale aussi… Je rentre dans leur cercle, ça reste gravé ça, c’est un moment particulier. C’était fort en émotion. Même encore maintenant, je pense à ce moment-là.
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C’est aussi une belle revanche sur le destin pour vous, passionné de rugby depuis tout petit et qui avait été contraint d’arrêter en raison d’une grave blessure à 15 ans…
L.C : Depuis cet accident, je ne l’ai jamais pris comme une revanche. Il faut toujours être optimisme, avancer dans la vie, et je me dis que si j’avais continué à jouer, je ne sais pas ce que j’aurais fait derrière. Je ne me serais probablement jamais mis à l’arbitrage. Cette blessure a été une chance entre guillemets, car je suis arrivé là où j’en suis aujourd’hui : arbitrer est mon métier. Je vis de ma passion, et je me suis retrouvé à diriger une finale de Top 14. C’est énorme.
Avec presque 3 semaines de recul, réalisez-vous que votre nom va être associé pendant très longtemps à une finale historique de Top 14 ?
L.C : Que ce soit la semaine avant, ou celle d’après, tu es pris dans un tourbillon, aussi bien médiatique qu’émotionnel. Deux jours avant la finale, j’ai coupé mon téléphone car je voulais vraiment me concentrer sur cet événement et bien m’y mettre dedans. Là, le soufflé retombe, et je réalise que cette finale va rester ancrer dans l’histoire. À la petite échelle de l’arbitrage, c’est une petite fierté d’avoir fait partie de ce moment-là.
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